De tout et de rien :blog anti -cons ....
14 Janvier 2011
Nous pensons tous que la dictée de Prosper Mérimée est redoutable. Celle de Pierre Louÿs (1870 – 1925), moins connue, est toute aussi dévastatrice.
« Il y a quelque vingt ans, mon cher Hyppolyte, nous pagayions sur ce ruisseau méditerranéen, tandis que des scarabées faisaient bruire leurs élytres sur les lauriers-tins et les lauriers-sauce, d’où tombaient des pétales amarante et fanés.
Une foule de dames patronnesses marmottaient et marmonnaient au débarcadère, sous le patronage d’un pâtissier caduc. Là croissaient nos acacias, nos zinzolines fleurs de lys, nos chrysanthèmes poivrés ; quatre-vingts buffles et trois cents sarigues ballaient et bringuebalaient dans le pacage où étaient aussi parqués quatre-vingt-douze chevaux rouans.
On nous offrit une omelette, quelques couples d’œufs qu’Hyacinthe nous avait procurés en mil neuf cent neuf, des entrecôtes pourries et des sandwiches arrosés de malvoisie parfumé. Enfin, nous revînmes à Châlon-sur-Saône. Nous retrouvâmes nos chambres aux plinthes bleu de roi, nos béryls et nos agates, nos bibelots de marqueterie et de tabletterie. Il nous semblait être partis depuis l’an mille. Malgré les praticiens homéopathes ou allopathes, nous retrouvâmes, et à quelle période ! toi, ton entérite et moi, mon emphysème. »